La Résidence Séquoia !

La Résidence Séquoia ! Ensemble, c’est tout ! Dans une résidence à Montréal dans le quartier Villeray,
des femmes et des hommes d’origines diverses partagent leur quotidien et leurs souvenirs, leurs rêves et des projets qui refont surface. Ces personnages deviennent essentiels les uns pour les autres. Paula, Lucie, Rajesh, Shiraz, Esther, Patricio, Isline,
Enzo, Marguerite, Chang et Da-Xia. « Ce n’est pas le troisième âge, c’est la maturité de la jeunesse ! » clame Enzo, le scribouillard en les observant défiler. En vieillissant, on ne change pas, on devient ce que l’on est, comme disait Nietzche qui le tenait
d’ailleurs d’un autre… Ce que j’ai voulu mettre en scène dans ce roman, ce sont des tranches de vies dans une maison de retraite ponctuées de joies et de peines, d’accrochages et de confrontations, d’échanges et de partages, d’éclats de voix et d’envolées
lyriques. Un espace autour duquel gravitent des personnages d’ici et d’ailleurs avec en toile de fond « le choc » culturel, les perceptions qui se heurtent, les susceptibilités et les cachotteries, mais également les valeurs qui s’entremêlent, la complicité
et l’amitié. Un foisonnement de pièces éparses compose leurs identités qui se bousculent, s’ajustent et s’harmonisent. Nous pouvons les voir interagir, se jauger et puis, au fur et à mesure, se dire et se découvrir, faire des activités ensemble, se raconter,
s’émouvoir, s’attacher et s’aimer. Les séquences se suivent comme des scènes de cinéma. Ensemble dans la résidence, ou à l’extérieur, et chacun dans sa chambre. À la fois dans le moment présent et les souvenirs d’antan.
Voici
un extrait de Résidence Séquoia : « Au bout de quelques jours, je me sentais déjà comme un poisson dans l’eau. J’ai commencé à côtoyer de nouvelles personnes et à m’habituer aux lieux. Ce n’est pas un secret de polichinelle, il y a des employés que je trouve
plus attachants que d’autres. Prenez Mimi, l’infirmière, qui, en franchissant le pas de ma porte, me lance toujours une petite parole gentille, ou entre en chantonnant un air entraînant. Elle prend le temps de s’informer de mon humeur, de ma santé, de mes
enfants, de mes petits-enfants tout en me prodiguant les soins avec délicatesse lorsque je suis malade. La douceur d’enfant dont fait preuve cette femme me réchauffe le cœur en un instant. C’est tout le contraire avec Marjo… » — Marjo, la grande blonde qui
porte toujours des vêtements trop serrés et des souliers à talons aiguilles ? demanda Shiraz. — C’est vrai, renchérit Lucie. J’ai l’impression que sa blouse lui sert de corset pour lutter contre son embonpoint. En tout cas, cela n’empêche pas ses chairs de
déborder… — Avez-vous remarqué qu’elle a toujours son cellulaire en main ? s’insurgea Esther. Elle ne doit pas être trop efficace avec les yeux rivés sur son écran la plupart du temps. Moi, si j’étais la directrice, il y a longtemps que je l’aurais virée.
— Si elle garde son emploi, c’est sans doute parce que c’est une de ses amies ou un membre de sa famille, ajouta Shiraz. — Je vois que vous savez de qui je parle ! J’ignore si c’est la même chose pour vous, mais elle frappe toujours à ma porte avec son pied
et entre dans ma chambre, tête en avant, sans attendre que je l’y invite. Le seul savoir-vivre que je lui ai trouvé tient à un « bonjour » qu’elle nasille d’une voix pâteuse en consultant le registre. Parce que mademoiselle ne se souvient jamais de mon nom.
Esther, ce n’est quand même pas difficile à retenir. Je ne dis pas, si je m’appelais Konstantynopolitaneczka Wajciechosczak, elle aurait au moins une excuse. Ses manières transpirent le mépris. Elle ne me regarde jamais dans les yeux. Elle fait comme si je
n’existais pas et m’ignore quand j’essaye d’engager la conversation. Heureusement que c’est la seule de son genre dans la résidence, sinon je n’aurais pas fait long feu ici… — Je l’ai à l’œil, renchérit Paula qui arriva en trombe et se laissa choir sur le
sofa. Pour sûr que je loge une plainte en haut si je la surprends dans ses minauderies. — Tiens, notre Paula nationale qui rapplique, ironisa Shiraz. — Votre sauveuse, précisa Paula en bombant du torse. — Notre rayon de soleil qui nous charme par sa délicatesse,
plaisanta Lucie. Soudain, un hurlement guttural retentit rompant le silence de la résidence. « C’est Doris, sursauta Shiraz, inquiète. » — Allons voir ce qui lui arrive, suggéra Lucie. — Je vais en avant, suivez-moi, leur ordonna Paula en pressant le pas.
— Attendez-moi, vous allez bien trop vite ! supplia Esther. » Rachida M’Faddel Montréal, le 11 mai 2018